Invasion

Shahram Mokri, 2017, Iran, DCP, version originale persane sous-titrée français, 102', 16/16 ans

ME, JE, SA, DI à 18:45

Description

En 2013, Shahram Mokri offrait avec « Fish and Cat » (primé au FIFF par la critique et le prix jeunesse) une magistrale démonstration de virtuosité : un seul plan-séquence de plus de deux heures pour une boucle temporelle faisant éclater la linéarité du récit par l’inlassable répétition des scènes qui le composent, appréhendées à chaque ronde selon un point de vue différent. Considéré depuis comme une figure majeure du nouveau cinéma iranien, Mokri récidive avec « Invasion », complexifiant encore le protocole qu’il avait mis en place dans son dernier chef-d’oeuvre.

Dans un cadre de film fantastique noir où des parties du monde se retrouvent plongées dans une nuit confinant au marasme et où des murs ont été dressés entre lumière et obscurité, un meurtre a lieu. La police impose aux personnes impliquées – les membres d’une équipe de sport – de rejouer les évènements ayant abouti au crime. L’atmosphère est pesante, réhausée d’une esthétique aussi étrange que truffée de références à la culture pop occidentale. Les personnages reprennent tour à tour les rôles de chacun, pour que puisse se dégager la manifestation du traumatisme, l’impossibilité d’en digérer l’image et la volonté de percer au-delà.

Contractant au maximum l’action, démultipliant les faces du cristal, Mokri donne ainsi un formidable exemple de ce que Deleuze entendait par une image devenue à la fois actuelle et virtuelle : le jeu infini de réflexions transforme – comme c’est le cas du reflet de soi dans le miroir – l’abstrait en concret. « Invasion » n’est pas un film réaliste, mais il se fait d’autant plus proche du réel qu’il est l’image du processus de notre conscience. « Dès que tu n’es plus là, quelqu’un apparaît à ta place… Que sommes-nous alors censés faire de ce jumeau ? », nous dit une voix-off au début du film, ou comment réagir à un traumatisme, sinon en faisant rejouer encore et encore ses fantômes, jusqu’à en faire une histoire vraie ?