La Mort de Louis XIV

Albert Serra, 2015, France, DCP, version originale française, 115', 16/16 ans

Sortie le 5 avril

Description

Août 1715. A son retour de promenade, Louis XIV ressent une vive douleur à la jambe. Les jours suivants, le Roi poursuit ses obligations mais ses nuits sont agitées, la fièvre le gagne. Il se nourrit peu et s'affaiblit de plus en plus. C’est le début de la lente agonie du plus grand roi de France, entouré de ses fidèles et de ses médecins.

Dans la pénombre de sa chambre, la caméra scrute son visage éclairé à la bougie, caresse les rides qui le creusent, le tressaillement de ses joues quand il sourit, le tremblement de ses mains quand il porte une cuiller à sa bouche, la sueur qui luit sur son visage quand la fièvre l’assaille… Tandis qu’à son chevet se relaient, dans un ballet silencieux, une kyrielle de courtisans, médecins plus ou moins charlatans, représentants de l’église, valets, et autres conseillers militaires aux accents exotiques, le vieil acteur explore une palette de jeux extraordinaire. Souverain au milieu d’une cour qui le flatte sans vergogne, qui applaudit à la moindre de ses déglutitions (mention spéciale à l’hilarant charlatan espagnol qui considère la vérole comme une jolie rose), soudain réduit à la condition de corps déliquescent secoué par les spasmes, râlant à la mort pendant de longues minutes, il se montre émouvant avec son petit-fils, le dauphin, et plus encore avec ses chiens, et trouve encore le moyen d’exprimer sa personnalité fantasque dans les interstices. Depuis «Honor de Cavalleria», variation ascétique sur l’errance dans la Mancha de Don Quichotte et Sancho Pança qui le conduisit, en 2006, à la Quinzaine des réalisateurs, Albert Serra construit son œuvre en se confrontant aux grands mythes occidentaux – les rois mages dans «Le Chant des oiseaux», Casanova et Dracula dans «Histoire de ma mort», et d’autres encore dans ses installations d’art contemporain. Avec l’hybridation géniale qu’il propose ici, du plus grand roi de France et de son plus grand acteur, il chante l’oraison funèbre de la Nouvelle Vague en prenant au pied de la lettre l’expression de Jean Cocteau : « Le cinéma, c’est filmer la mort au travail. » – Isabelle Regnier, «Le Monde»