Thalasso

Guillaume Nicloux, 2019, France, DCP, version originale française, 93', 16/16 ans

MA 18:00

Description

La critique aura noirci des pages d’exégèse ou d’attaque à l’endroit du style en creux de Michel Houellebecq, sa langue faussement tiède et ses horreurs vraiment drôles. Peut-être le seul cinéaste aujourd’hui à pouvoir en revendiquer la transposition à l’écran est-il Guillaume Nicloux.

Capable d’un formalisme parfois vertigineux (encore tout récemment dans «Les Confins du monde»), le metteur en scène explore depuis «L'enlèvement de Michel Houellebecq», un terrain plus aride, dépouillé, qu’il a également investigué avec Depardieu dans «The End». C’est donc tout logiquement que ces deux prolongations de son cinéma entrent en collision dans «Thalasso».

Découpage réduit à sa plus simple expression, photo numérique un brin baveuse, mouvements atones… la caméra est ici une extension du décor unique, à savoir un centre de «Thalasso» parfaitement entretenu, irrémédiablement anxiogène. L’image laisse donc toute la place à l’écrivain et à l’acteur de génie pour se vautrer complaisamment dans un jeu qui frise souvent l’autoparodie. Un créateur empêtré aux ambitions présidentielles et un ogre qui se dévorerait lui-même s’il avait l’assurance de se régaler décident donc de dézinguer tout ce qui bouge, et parfois, ce qui ne bouge pas.

Totalement libre, le duo cause cinéma bien sûr, politique évidemment, le tout en s’inquiétant de brûlures carboniques de bite et de la qualification moyenne du personnel. Si chacun est à sa manière un artiste sulfureux autant qu’un dégorgeoir à polémique, l’intelligence de Guillaume Nicloux consiste à jouer de cette alliance démente, sans l’abandonner à la complaisance.

Son film capte merveilleusement l’énergie absurde, le rire désespéré qui secoue ces deux carcasses, mais capture aussi ce que cette euphorie mauvaise contient de mortifère, de posture, bref, de pure angoisse. – Simon Riaux

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