Roma

Alfonso Cuarón, 2018, Mexique/États-Unis, DCP, version originale espagnole sous-titrée français, 135', 16/16 ans

SA, DI à 15:45

Description

Avec «Roma», Alfonso Cuarón convoque ses souvenirs d’enfance pour reconstituer le tissu social d’une époque à travers la chronique d’une famille bourgeoise au début des années soixante-dix. Avec en ligne de mire une volonté de dessiner les rapports de classes qui caractérisent cette période de mutation sociale. Ainsi, le climat politique est constamment palpable, omniprésent à l’extérieur du foyer, il envahit peu à peu les rues, d’abord par le son, jusqu’à submerger totalement l’espace public. Cuarón distille parfaitement l’ambiance politique de l’époque qu’il noie dans l’histoire familiale.

Cuarón met en place un projet cinématographique qu’il tient admirablement du début à la fin. Dans une horizontalité qui balaye en permanence l’espace, les mouvements de cadre décloisonnent les personnages, en l’occurrence Cleo, la bonne de maison interprétée par Yalitza Aparicio, personnage central du film. L’oeil de la caméra se pose en narrateur omniscient néanmoins laissé à une certaine distance de ce qu’il observe. Il s’agit de la distance propre aux souvenirs, à la fois clairs et insaisissables, étincelants et vaporeux, elle nous maintient dans une position de spectateur privilégié.

Il est par ailleurs beaucoup question de cinéma au cours du film, appréhendé comme espace collectif et fédérateur. C’est un lieu privilégié pour la cohésion sociale qui voit se faire et se défaire les liens entre les individus. Une réflexion d’autant plus désarçonnante dans le contexte de distribution du film. Il est possible d’y voir une mise en abyme paradoxale qui prophétise l’écroulement d’un socle social fondamental et avec lui l’avènement d’un individualisme qu’il est urgent de remettre en question.

Car à travers «Roma», Alfonso Cuarón nous raconte l’importance, voire la nécessité, d’être ensemble. Se rassembler pour reformer une unité sociale. Le réalisateur nous rappelle une époque où se côtoyait, à l’intérieur d’un même foyer, différentes générations ainsi que différentes classes.

On retrouve également des thèmes chers au réalisateur Mexicain, la filiation et l’impossibilité d’enfanter en réaction au désordre politique et social. La question des générations à venir est constamment remise en cause. Dans une scène magistrale qui vient accomplir la tragédie longuement annoncée, les géniteurs deviennent les assassins de leur propre progéniture. Sans oublier un magnifique éloge aux femmes, malmenées et pourtant éternelles garantes d’une stabilité sociale. – Aurélien Milhaud, leblogducinema.com