Les enfants du temps

Makoto Shinkai, 2019, Japon, DCP, version originale japonaise sous-titrée français, 114', 16/16 ans

Sortie le 22 janvier

Description

Makoto Shinkai a impressionné son monde avec «Your Name», grand film tranchant avec beaucoup des représentations occidentales de l’animation japonaise. Mélange de fresque romantique et de fantastique, le film s’inscrivait dans un registre plus émotionnel et intime que certains héritiers de Miyazaki, à commencer par l’immense Hosoda. C’est cette veine que l’auteur approfondit et perfectionne à l’occasion des «Enfants du temps».

Comme précédemment, si le fantastique joue un rôle primordial dans l’intrigue, ce n’est pas tant pour déchirer le réel et permettre de s’en échapper, mais, très littéralement pour l’éclairer sous un jour nouveau. En effet, il est question ici de la rencontre amoureuse et spirituelle, entre un apprenti journaliste et une jeune femme, capable de modifier la météo. Ou comment une nouvelle génération peut et doit amender un monde morose, toujours au bord de la dépression, de la submersion.

Le message est simple, évident, mais grâce à la mise en scène du cinéaste et à une direction artistique fabuleuse de détails, il monte progressivement en puissance jusqu’à trouver, lors du dernier tiers des «Enfants du temps», une puissance poétique remarquable. Si la recherche de la lumière, la volonté impérieuse de trouver le salut dans un nuage de photons apparaît si forte et évocatrice, c’est justement parce que le film prend un soin maniaque à capturer la lente désagrégation du Tokyo contemporain.

Mégalopole nimbée de pluie, où règnent des adultes (plus présents que dans les précédents travaux du réalisateur), dont les vicissitudes semblent condamner jusqu’à la météo, Tokyo est à la fois la scène de l’action et le personnage principal du récit. Makoto Shinkai en capture les détails, les espaces saturés d’artefacts technologiques, l’urbanité débordantes d’accessoires inutiles, avec une précision qui confine à l’ivresse, jusqu’à ce que le soleil vienne rompre cette monotonie gorgée de biens matériels désincarnés.

Comme si le shintoïsme japonais butait sur ce monde moderne, dont les générations précédentes avaient aspiré toute vie, Shinkai s’efforce de traiter les conséquences de sa mécanique fantastique avec un sens du réel bienvenu. Ainsi, sans pour autant refuser une certaine dimension épique, l’intrigue s’efforce de conjuguer le lyrisme de ses situations avec son univers bétonné. Et quand la lumière tant convoitée surgit, c’est pour soutenir un deuil, souligner une émotion, soutenir les âmes. Un choix qui souligne ce qui fait le cœur du scénario, à savoir la chronique balbutiante d’un amour naissant, le désir de s’arrêter sur les non-dits, les bégaiements, les illuminations fugaces. – Simon Riaux, Écran large

Images: © Les Cinémas du Grütli, © 2019 Bac Films Distribution