The Painted Bird

Václav Marhoul, 2019, République tchèque/Slovaquie/Ukraine, HD, version originale multilingue sous-titrée français, 169', 18/18 ans Formulaire de réservation

SA à 16:45

Description

Ne pas avoir peur. Ne pas avoir peur de dire; ne pas avoir peur de montrer; ne pas avoir peur de voir. Václav Marhoul prend à bras le corps ce parti pluriel, car montrer est un art qu’il sublime; dire un devoir qu’il tonne; et voir une liberté qu’il accompagne, évoquant plus qu’il n’exploite l’éprouvante réalité qu’il image. En près de trois heures magistrales – qu’il lui aura fallu onze ans pour filmer – il met en scènes avec «The Painted Bird» le roman éponyme de Jerzy Kosinski, épopée enfantine d’une fuite à travers les ruines en devenir de l’Holocauste, peuplées de celles et ceux qui de tous bords lui donneront autant de visages odieux que le monstre guerrier a de têtes malades. Filmer la guerre par ses contours comme par son cœur, tout comme cet enfant traqué porte tant le poids de l’enfance que celui de toutes les proies, fait de «The Painted Bird» un récit délicat à conter, complexe à assimiler, parfois difficile à entendre, mais étincelant dans son courage et sa maîtrise d’un jeu d’équilibriste entre ses multiples tableaux, qu’ils se dressent avec l’aplomb d’une falaise ou qu’ils s’envolent dans l’ivresse du mystère. Savoir pour ne pas avoir peur plutôt que se cacher par peur de savoir, voilà le parti additionnel que ce chef-d'œuvre acrobate saisit dans l’Histoire des histoires, une manière bien à lui de raconter la première comme la blessure de toutes les autres. Au sortir de «The Painted Bird», on garde en mémoire surtout le pouvoir du cinéma, comme s’il pouvait réécrire en rendant compte, redistribuer un temps les cartes, révéler les tricheries d’un jeu pipé d’avance et donner à celles et ceux qu’on désigne perdants l’attention magnifiée qui leur revient. Film à scandale mais pas scandaleux, film sombre sans être obscure, film osé mais jamais inconscient, «The Painted Bird» assume le parti risqué de se poster au croisement des limites, ni coupable, ni innocent, si bien qu’on ne peut vraiment écouter son ramage qu’avec les yeux grands ouverts.

Images © Celluloid Dreams