Jumpman

Ivan I. Tverdovsky, 2018, Russie/Lituanie/Irlande/France, DCP, version originale russe sous-titrée français, 95', 16/16 ans

Sortie le 22 mai

Description

En offrant aux spectateurs cette peinture sociale et dramatique qu’est «Jumpman», le réalisateur russe Ivan I. Tverdovsky (très remarqué pour «Classe à part», puis «Zoologie») livre un film aux thèmes nombreux, et en aucun cas soulignés à outrance.

La bonne distance adoptée par la mise en scène, et le remarquable jeu de tous les acteurs, donnent tout son prix à l’univers décrit. Un monde sombre et triste mais néanmoins humain, où chacun pourra se promener et trouver des résonances...

Le film suit Den (joué par l’énergique Denis Vlassenko), jeune homme confié dès sa naissance par sa jeune mère à un orphelinat, situé à côté d’une forêt. Den qui, devenu adolescent, désire mieux connaître sa mère et passer au moins quelques jours chez elle. Lorsqu’elle lui fait une visite, pour en réalité le reprendre avec lui, il saisit l’occasion malgré le désaccord de l’établissement. Charismatique mais instable, humaine mais plongée dans une faune nocturne sombre et dangereuse, Oksana (Anna Sliou) va offrir à son fils une vie palpitante mais dangereuse.

Regardés avec pas mal de distance, au fil de scènes nimbées d’une lumière noire qui savent ne pas se précipiter, ces protagonistes gardent tout leur mystère. Oksana est ce qu’elle est, se débrouille comme elle peut, et tente de prendre un peu de plaisir dans son existence. Den a les mêmes objectifs, et une qualité étrange qui l’aide à les réaliser: il ressent peu la douleur physique. Ce qui amène un ami de sa mère à lui confier un travail inattendu… Le réalisateur se garde bien, en tout cas, d’expliquer de quoi est faite cette particularité de son héros, et de faire de lui un symbole démonstratif: il préfère s’attacher à son enthousiasme, puis à sa lassitude.

Car les personnages de «Jumpman» ne sont désespérés : ils prennent ce qu’ils peuvent prendre dans l’existence, et s’en réjouissent. Ce qui rend peut-être leur situation pire que si elle les attristait: ainsi, la dernière scène suggère que les «mères russes» (la Russie elle-même?) envoient leurs enfants au charbon, au sacrifice, gangrenées qu’elles sont par un contexte qui les prive en fait de leurs repères.

Ce mélange entre noirceur et allant donne naissance à une énergie très forte, qui court dans le film et se révèle très communicative: on vibre aux côtés de ce jeune héros enthousiaste, en plein dans la vie que sa mère lui offre, dangereuse mais stimulante pour lui. On s’attache, un tout petit peu, aux menaçants amis de cette génitrice, qui n’en restent pas moins humains, car magnifiquement interprétés. Et on est troublé en plus d’un endroit: la différence d’âge peu importante entre la mère et son fils, leurs rapports, les réactions des «amis» dès qu’un plan ne fonctionne pas ou quelques scènes de procès brillantes sont autant d’instants où le malaise surgit. Malgré quelques séquences plus modestes, ou un tout petit peu explicatives, Jumpman s’impose comme une réussite, très humaine. – Geoffrey Nabavian, Toute La Culture