Békeidő

Szabolcs Hajdu, 2020, Hongrie, DCP, version originale hongroise sous-titrée français, 92', 16/16 ans

Reprise TBA

Description

Mensonges et demi-vérités, tentatives de domination psychologique et vulnérabilité, usure et conflits conjugaux, désaccords éducationnels, escalade verbale et dérapages, moqueries, humiliations et menaces, activisme politique et peur, solitude, complications sentimentales et fossé des générations, communication et sorcellerie, le tout sur fond d’omniprésente propagande étatique fasciste: en orchestrant en une nuit et dans une ville un petit théâtre d’ombres sous forme de chassé-croisé sophistiqué de personnages, le cinéaste hongrois Szabolcs Hajdu délivre avec son nouvel opus, «Békeidő», une oeuvre explorant en profondeur l’intimité de l’humain d’aujourd’hui. Un film jouant avec les frontières des émotions difficilement contenues, stylistiquement diversifié et très maîtrisé (dans un registre volontairement non ostentatoire) d’un cinéaste hongrois confirmé à l’international («Les Paumes blanches» à Quinzaine des Réalisateurs 2006, «Bibliothèque Pascal» au Forum de la Berlinale 2010, «Mirage» à Toronto en 2014, «It’s Not the Time of My Life», vainqueur des titres de meilleur film et meilleur acteur à Karlovy Vary en 2016).

Ouvert par une citation du roman «Gel» de l’Autrichien Thomas Bernhard («comme si tout était alors possible: la laid se rapproche du beau, et vice versa, l’impitoyable du faible»), «Békeidő» tisse sa toile et pose les jalons de son expérience cinématographique avec quelques blocs initiaux de séquences (de six à huit minutes chacune) qui vont peu à peu se relier finement au fil de l’intrigue. Et en vague fil conducteur de cet écheveau très fluidement interconnecté règnent les rues de la ville, un élégant bar quasi désert et un étrange chauffeur de VTC aux cheveux longs et lunettes noires...

Excellement interprété par l’ensemble du cast, «Békeidő» tire le meilleur parti de sa musique (signée Freakin’ Disco) et de la qualité de sa photographie (Csaba Bántó) et de sa mise en scène, pour tenir son pari conceptuel de radiographie au microscope d’une société tiraillée en profondeur. Très riche, le film qui ne cherche jamais la facilité et ne respire pas toujours franchement la gaité, ne tombe néanmoins jamais dans la noirceur absolue et sait rebondir à travers de multiples strates sur la fine ligne de l’ironie des drames du quotidien. Un art très subtil de la demi-teinte qui est en revanche très explicite sur le climat actuel en Hongrie. – Fabien Lemercier, Cineuropa

Images © Bord Cadre Films