«Rire peut être un instrument politique».
NOUVEAUTÉ
Le cinéma iranien sera à l’honneur ce mois-ci au Cinéma Bellevaux, avec pour commencer la reprise de «Divine Comedy» d’Ali Asgari, qui a remporté en mars dernier le Grand Prix du Festival international du film de Fribourg (FIFF). À son retour en Iran, après la première de «Chroniques de Téhéran» (2023, coréalisé avec Alireza Khatami) au Festival de Cannes, le réalisateur se voit confisquer son passeport et on lui interdit de réaliser d’autres films. Mais il n’est pas si simple d’empêcher les cinéastes de tourner et de cette assignation à domicile, il tirera «Higher Than Acidic Clouds», présenté à Visions du Réel en 2025. D’un acte de résistance à un autre, le voici aujourd’hui de retour à la fiction, enfin… si on peut dire, tant il semble évident qu’il se raconte au travers de l’odyssée de Bahram Ark dans les rues de Téhéran, confronté à la censure dans son propre pays, l’obligeant à se mettre en quête d’une salle pour montrer son film. Une perle à l’humour grinçant et profondément politique, qui, loin du noir et blanc et de la grisaille, tend vers la lumière.
TOUJOURS À L’AFFICHE
Dans les quartiers résidentiels de Séoul se déroule une scène familiale plutôt banale, la rencontre d’un jeune poète avec la famille de sa petite amie. «Ce que cette nature te dit» est une comédie minimaliste et le parfait exemple du génie de Hong Sang-soo, qui avec la nonchalance et la délicatesse qui le caractérise, et sans se presser, révèle au gré d’échanges simples, les non-dits et l’incommunicabilité.
De révélations, il est question également dans «The Drama» de Kristoffer Borgli, puisque c’est même ici, le plot-twist qui renverse soudain l’avenir joliment tracé et plonge un jeune couple dans un conflit psychologique harassant, confrontant les personnages à un dilemme moral complexe. Le réalisateur, fidèle à lui-même, tourne les doutes au malaise pour en faire une comédie grinçante.
Lynne Ramsay, plutôt rompue elle aussi à saisir le trouble et l’inconfort, signe avec «Die My Love» un film à la fois nerveux, sensuel et violent. Martin Scorsese ne s’est pas trompé en lui demandant d’adapter le roman éponyme d’Ariana Harwicz, où maternité, solitude et fragilité se mélangent : il y a un travail absolument hallucinant et sans compromis aussi bien derrière que devant la caméra, pour rendre le vertige qui fait perdre pied.
ÉVÈNEMENTS
Vendredi soir, pour le 48ème Centerpoint, nous accueillerons Cyess Afxzs aka Stuart McCune. Originaire d’Irlande du Nord, ce dernier a profité de la période Covid pour se concentrer sur son solo noise et expérimental, aspirant, en s’affranchissant des limitations instrumentales, de composition et d’imagerie associées au harsh noise traditionnel, à créer un «Forward Noise». L’objectif ultime est que cette approche permette à la prochaine génération d’artistes de bénéficier d’une plus grande liberté, de s’affranchir des étiquettes et, de manière générale, d’être plus à l’aise dans la façon dont ils choisissent de faire évoluer le genre.
Samedi soir, nous vous invitons à venir découvrir en avant-première le dernier film de Shahram Mokri, «Black Rabbit, White Rabbit». Comme son titre l’indiquerait presque, ce film vous entraînera dans un «rabbit hole» où se mêlent performance, illusion et vérité. En quelques mots et sans trop en dire : le film suit un armurier qui soupçonne qu’une arme factice soit réelle, une actrice en quête d’un rôle dans un film qui n’existe peut-être pas, et une femme hantée par l’idée que son accident de voiture n’était pas accidentel. Ces moments, en apparence sans lien, convergent peu à peu vers une réflexion troublante sur l’art, la notion d’auteur et la frontière ténue entre fiction et réalité. Casse-tête inventif ou joyeux bordel incompréhensible ? À vous de vous faire une idée !
Enfin, mardi, place aux jeunes réalisateurxices ! Pour la quatrième année consécutive, le ciné-club de l’UNIL a sélectionné pour vous une poignée de courts métrages de réalisateurxices en mixité choisie TINFAG, provenant d’horizons différents. Cette projection sera suivie d’une table ronde avec le comité de sélection et une partie des équipes ainsi qu’un moment de questions-réponses avec le public.