NOUVEAUTÉ
«Dans la vie, tout tourne et revient à sa place». Film révolutionnaire au sens géométrique, artistique et politique, «Black Rabbit, White Rabbit» est une réinvention vertigineuse de la manière dont on déploie au cinéma le récit des petites comme de la grande histoire. Usant d’une complexité complice comme d’une invitation à trouver refuge entre les lignes, Shahram Mokri fait de la torsion du temps un instrument de narration comme de lutte, pour regagner sur les événements une emprise qui puisse rompre leurs cycles – ou au moins coexister dans leur orbite. «Quel est le rapport entre la magie et le cinéma ?», interroge un autre protagoniste du film, question qui comme toutes celles qu’aborde «Black Rabbit, White Rabbit» y est bien exposée en toutes lettres, même si furtivement tracée dans une poussière qu’il cherche à soustraire à l’air du temps qu’elle encombre. Si la baguette que Shahram Mokri et Nasim Ahmadpour manient de concert est bien magique, elle offre à la marche claudiquante d’une humanité qui déraille une alternative symbiotique, où on puisse enfin s’enchanter en toute confiance de ne pas toujours tout comprendre.
TOUJOURS À L’AFFICHE
Robert Pattinson confirme son attrait pour un cinéma d’auteur exigeant, incarnant dans «The Drama» de Kristoffer Borgli et dans «Die My Love» de Lynne Ramsay, des personnages plongés dans des relations complexes. Si le premier explore les tensions émotionnelles d’un couple juste avant leur mariage, dans un mélange de satire et de malaise contemporain ; le second, beaucoup plus sombre, est un drame intense et bouleversant autour de la maternité, de la folie et de l’isolement.
C’est aussi vers la satire que tend, avec beaucoup de finesse, «Divine Comedy» d’Ali Asgari. Faisant directement écho au poème de Dante, le film suit Bahram, un cinéaste bravant l’enfer de la bureaucratie pour projeter son œuvre interdite par la censure, mêlant humour noir, références cinéphiles et regard critique sur la société iranienne contemporaine.
DERNIÈRES SÉANCES
Le cinéma d’Hong Sang-soo laisse au spectateur la joie rare de se sentir invité dans l’intimité de ses personnages. Au détour d’une conversation anodine ou autour d’une table, il saisit avec malice les tensions invisibles, les élans timides et les petits basculements intérieurs qui transforment une journée banale en expérience profondément humaine. «Ce que cette nature te dit» est un film délicat et d’une simplicité désarmante, à attraper encore ce mardi soir à 17h30, samedi à 18h30 ou lundi à 18h.
PROCHAINEMENT
Cette année, les films sélectionnés en compétition officielle au Festival de Cannes ne se contentent pas d’enthousiasmer quelques happy-new et autres professionnel·le·s de la profession, puisqu’une poignée d’entre eux seront partagés ces prochaines semaines déjà avec le grand public. C’est le cas de «El ser querido» (traduit par «L’Être aimé»), le nouveau film très attendu du réalisateur espagnol Rodrigo Sorogoyen, à qui l’on doit notamment «As bestas» et plus récemment la série «Los años nuevos». À découvrir en salles dès le mercredi 20 mai déjà, donc !
ÉVÈNEMENTS
Ce dimanche 17 mai, à 20h, à l’occasion de la journée internationale contre l’homophobie, la biphobie, l’interphobie et la transphobie, nous vous invitons à venir célébrer nombreux·ses les relations, mais surtout le désir queer et vous proposons une séance unique de «Drunken Noodles» du réalisateur argentin Lucio Castro, qui a tourné en sept jours cette petite perle homoérotique très poétique !
Le mercredi 20 mai, à 20h, le Laboratoire d’étude des sciences et des techniques (STS Lab, Université de Lausanne) lance son ciné club en partenariat avec la Fédération syndicale SUD et présentera pour l’occasion «Unrueh», second long-métrage de Cyril Schaüblin qui explore la question du temps et la naissance de l’anarchisme. La projection sera suivie d’une discussion.
Enfin, n’oubliez pas que ce mardi soir marque le retour du Ciné-club UNIL pour une soirée dédiée aux jeunes réalisateurxices avec un programme de cinq courts métrages. Les projections seront suivies d’une rencontre avec leurs équipes (portes à 19h30, projections à 20h).
D’ici là, bonne(s) séance(s) !