Rimini

Ulrich Seidl, 2022, Autriche/Allemagne/France, DCP, version originale allemande sous-titrée français, 115', 16/16 ans

ME, MA à 20:30 | VE à 18:30

Description

Le nouveau film d’Ulrich Seidl se déroule bel et bien à Rimini, mais plongée dans une tristesse hors-saison, la station balnéaire ressemble ici moins à une carte postale italienne qu’à une ville fantôme lugubre. Les divers panneaux souhaitant la bienvenue ne semblent s’adresser à personne, et les hôtels n’ont nul autre à accueillir que quelques poignées de retraités et les spectacles ringards qui leurs sont réservés. Voilà justement le métier de Richie Bravo : chanteur de charme en fin de règne, Autrichien expatrié adressant ses roucoulades synthétiques aux yeux énamourés de ses admiratrices, de moins en moins nombreuses. Showman sans loge et parfois même sans scène, Richie a beau être expert dans sa manière d’utiliser ses charmes (et même de les monnayer) : une fois les spotlights éteints, il ne ressemble plus qu’à un ours polaire titubant sur un bout de banquise en train de fondre.

Rimini reprend là où s’arrêtait Import Export, avec une première scène qui reprend en miroir la chanson nostalgique des résidents d’un ehpad. Mais le cinéma de Seidl a évolué depuis ce film qui lui avait valu sa première sélection en compétition à Cannes il y a quinze ans. Les cadrages sont cette fois moins anguleux, laissant plus de place à la fois pour le spectateur qui peut respirer en ayant un peu moins peur de s’écorcher, et aux personnages pour se débattre avec un peu plus de dignité que d’habitude. Rimini est peut-être le film le plus accessible du cinéaste autrichien, mais même si celui-ci ouvre un peu plus la porte d’entrée (quand Richie demande à voix haute s’il mérite d’être aimé, c’est comme si Seidl nous livrait une clé expliquant tout son cinéma), il n’en demeure pas moins un portraitiste féroce. Dès les premières scènes, il nous fait à nouveau redescendre au sens propre dans les sous-sols de l’inconscient de ses compatriotes.

Lorsque Richie retrouve (ou plutôt lorsqu’il est retrouvé par) sa fille abandonnée il y a longtemps, il voit là le moyen de se racheter, de devenir enfin le bon père qu’il n’a jamais été. Seidl est trop malin pour ne pas tordre le coup avec un sourire cruel aux clichés des films de losers magnifiques et de rédemption facile. Ici encore l’horreur n’est jamais loin, tapie dans les caves, derrière les bonnes intentions et les portes de chambres d’hôtel, comme en témoigne une scène nocturne où les couloirs d’une résidence abandonnée semblent sortir d’un terrifiant found footage. Tels des manèges hantés, la vulgarité des lieux en ruines contamine les personnages, englués dans une médiocrité que Seidl parvient une nouvelle fois à rendre drôle, terrible et poignante à la fois. Même et surtout dans les scènes de sexe, qui grincent fort.

A chaque fois que Richie met le pied dehors, la ville est recouverte d’une brume qui gomme tout. Impossible de distinguer la mer du ciel. Vers quel horizon se tourner quand le supposé paradis se révèle être un marécage glauque et que la terre natale n’est plus qu’un mouroir (« vous êtes en Autriche », hurle en majuscules implacables un message laissé au-dessus du lit d’hôpital du père de Richie à l’agonie) ? Prisonnier de son errance égoïste et irresponsable, Richie n’est capable d’exprimer des sentiments qu’à travers les clichés de ses ballades en toc. Il est incapable de nouer un lien réel avec sa fille, son frère, son père nostalgique du nazisme, et encore moins avec les migrants qui trainent en ville, échoués dans la rue tels des sdf et que la vieille Europe fait semblant de ne pas voir. A travers cette puissante métaphore, ce que Seidl montre alors, c’est qu’il est ne sert à rien de vouloir fuir son héritage, il n’y a nulle part où espérer se cacher du passé ou du présent. – Gregory Coutaut, Le Polyester

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