SORTIE
Cette semaine, le réalisateur neuchâtelois Fabrice Aragno nous emmène en voilier sur «Le Lac». Celui qui fut pendant vingt ans l’assistant et chef opérateur de Jean-Luc Godard aura gardé de cette collaboration privilégiée une certaine idée de la liberté. Ce premier long métrage sous forme d’essai délaisse la narration traditionnelle et se plaît à créer le dialogue autrement; par ses choix de montage, son jeu de lumière, son travail des couleurs, qui en font un objet unique, aussi expressionniste qu’énigmatique. Tourné sur le Léman et porté tant par Clotilde Courau et le navigateur Bernard Stamm que par les éléments qui les enveloppent, c’est un film habité et vivant où les sens sont mis en exergue, un film qui raconte sans tout dire et qui dit sans rien taire, quand bien même le silence inonde – et définitivement une œuvre de cinéma.
TOUJOURS À L’AFFICHE
Et de cette nature souveraine, il est question aussi dans «Planètes» de Momoko Seto. Si l’approche est tout autre, le voyage n’en est pas moins un émerveillement. La réalisatrice franco-japonaise bouleverse les échelles de grandeur et de temps de nos écosystèmes pour donner à voir ce qui est invisible, faisant dialoguer la poésie du vivant avec les sciences et les enjeux écologiques contemporains. Une pépite !
La nature est encore partout dans «L’Homme de glace» de Corinna Gamma. La réalisatrice suisse vous invite à plonger au cœur de la vie et des expéditions de Konrad Steffen, explorateur polaire suisse et climatologue passionné. En août 2020, sa disparition tragique lors d’une mission de routine sur la calotte glaciaire du Groenland a bouleversé le monde scientifique et l’opinion publique.
De nature, mais sous une autre forme, il est aussi question dans «Aucun autre choix» de Park Chan-wook, qui adapte ici un roman de Donald E. Westlake et s’intéresse aux choix quelque peu discutables pris par un cadre tout juste licencié. Une satire clinique, drôle et saisissante, qui est peut-être un peu moins une critique du système que de la cellule familiale, le tout servi par une esthétique stylisée, presque cérémonielle.
Et comme on l’annonçait la semaine passée, rares seront les occasions de découvrir «Soundtrack to a Coup d’État » (Johan Grimonprez, 2024) sur grand écran. Ce somptueux – et très riche – documentaire raconte les espoirs déçus de la décolonisation et leur résonance dans le jazz des années 1960. À noter qu’une séance spéciale – la dernière, qui plus est – se tiendra le 26 avril à 17h30 et sera précédée d’une conférence présentée par Jazz History.
DERNIÈRE SÉANCE
Après dix semaines à l’affiche et 14’000 spectateur·ice·s en Romandie, voici venu le temps des et de la dernière séance pour «Father Mother Sister Brother», triptyque sur la et les familles, un thème que Jim Jarmusch n’avait jusqu’ici pas exploré et dans lequel on retrouve tout ce qui fait le charme de son cinéma: son esthétique, son humour, un casting impeccable et une bande-son calibrée (vendredi 27 à 20h45, samedi 28 à 18h30 et lundi 30 à 18h30).
LA SEMAINE PROCHAINE
Si certains de ses films sont encore inédits en Suisse, le prolifique Hong Sang-soo est de retour dès le 1er avril avec «Ce que cette nature te dit», son 33ème long métrage. En plus de signer le scénario, la réalisation et la production, on le retrouve au générique pour le son, la musique, la photographie et le montage – ce qui dit beaucoup de l’approche, simple et brute, du réalisateur sud-coréen, qui offre une œuvre versatile et ludique, pleine de charme et de délicatesse.
Le 2 avril, n’oubliez pas la séance unique de «U are the Universe», perle de science-fiction qui nous vient d’Ukraine et qui fait souffler un peu d’humanité dans l’espace. La projection sera suivie d’un quiz proposé par le Ciné Club Lighthouse !
CINÉ-JUNIOR
Au loin se profilent déjà les vacances de Pâques, sonnant ainsi le retour de Ciné-Junior ! En guise de clin d’œil à notre sortie de la semaine, on vous propose des aventures au fil de l’eau, avec un programme de courts métrages rempli d’animaux aquatiques («La Baleine et l’Escargote», dès 3 ans) ainsi que «Le Royaume de Kensuké» (dès 8 ans). On retrouvera également les célèbres Ernest et Célestine, ici dans la version «Voyage en Charabie» (dès 6 ans) et, pour les plus grands, l’exploration de la filmographie des studios Ghibli continue avec «Le Voyage de Chihiro» de Hayao Miyazaki (dès 7 ans).
Dates et horaires ici – et réservations possibles par email, mais non obligatoires ;)
Bonne(s) séance(s) !